| | Une ancêtre partie en Nouvelle-France (Québec) au XVIIe siècle En 1663, le 22 janvier au Cap-de-la-Madeleine sur cette terre de Nouvelle-France qui allait devenir le Québec, une certaine Marguerite Manchon épousa Sébastien Provencher. De leur union naquit six enfants (trois fils et trois filles). Marguerite mourut en 1688. Sébastien Provencher se remaria en 1691 avec Catherine Guillet dont il eu cinq enfants (deux fils et trois filles). Il est l’ancêtre de tous les Provencher d’Amérique du nord, aujourd’hui réunis en association. Dans cette histoire, nous intéresse Marguerite Manchon. Nous écrivons bien "Manchon" car l’histoire l’a retenue sous ce nom-là. Or l’histoire généalogique du Québec et du Canada a été écrite à la fin du XIXe par l’Abbé
Tanguay, soit à une époque où le nom de Marguerite n’avait plus été prononcé depuis de longues décennies et que ses descnedants ne pouvaient plus le défendre. Se basant sur des documents écrits, mal écrits ou parcellaires, l’Abbé Tanguay a donné à Marguerite le patronyme Manchon. Aujourd’hui, les descendants de Sébastien Provencher et Marguerite Manchon affirment que cette dernière a été baptisée à Artenay en Beauce le 28 mars 1637 et qu’elle est la fille de Nicolas Marchon et Marie Baratin. Marguerite n’est pas Manchon mais Marchon. Elle figure donc en bonne place dans notre arbre généalogique des Marchon de Beauce. L’histoire
de l’immigration au Canada a ceci de fascinant qu’elle est écrite, parfois avec luxe de détails. Ainsi de Sébastien
Provencher , on sait beaucoup de choses. De Marguerite Marchon-Manchon, on sait, en revanche, peu. On connaît ses dates de naissance, de mariage et de décès. Rien d’autre, pas même la date de son voyage. En revanche, on peut s’interroger sur les motivations de son émigration en Nouvelle-France. Comment une jeune fille de Beauce a-t-elle eu l’idée d’un tel voyage, si risqué, d’un tel départ définitif ? La réponse est simple : pour se marier. Et pour se marier avec Sébastien Provencher, déjà établi là-bas. A 26 ans, Marguerite Marchon avait dépassé depuis quelques années déjà l’âge auquel les jeunes filles de l’époque prenaient mari (sa soeur Claudine, par exemple se marie à 22 ans). Elle fut sans doute envoyée là-bas pour épouser ce cousin lointain (Nicole Jousse, la grand tante de Marguerite Marchon avait épousé un Provencher), qui après avoir bourlingué en terres indiennes (il s’est enfoncé en terres indiennes, a vécu avec différentes tribus, est devenu coureur
des bois , c’est à dire trappeur), s’était établi au Cap-de-la-Madeleine en 1658 et avait besoin de prendre femme. Arrivée avant 1663, Marguerite Marchon n’est pas une fille du
roi , une de ces 770 femmes envoyées en Nouvelle-France entre 1664 et 1674 munies d’une dot, recrutées en France sur ordre du Roi Louis XIV pour promouvoir une colonie stable au Canada. Marguerite
Marchon est une pionnière , une des cent premières femmes arrivées en Nouvelle-France. Mais si la question de la motivation du départ a été posée pour Marguerite Marchon, elle se pose aussi pour Sébastien Provencher. La réponse, ou plutôt les réponses, se trouvent dans l’histoire du Québec, liée, par certains de ses aspects, à celle de la Beauce. Deux hommes d’Eglise y jouent les premiers rôles. Isaac
Jogues est le premier. Il naît le 10 janvier 1607 naît à Orléans, ville majeure de la Beauce. Il deviendra l’un des premiers saints du nouveau monde. Engagé dans les rangs de la Société de Jésus en 1624, il est envoyé comme missionnaire en Nouvelle-France en 1636. Il alla rejoindre un Jésuite, le père Brébeuf en Huronie. Il s'aventura très
profondément en territoire inconnu mais fut capturé par les Iroquois qui le torturèrent. Il s’échappa et revint en France où son histoire, son martyr eurent un tel retentissement dans sa région natale, qu’à son retour de Nouvelle-France en 1643 (Sébastien Provencher avait alors 9 ans, Marguerite Marchon 6 ans), il fut accueilli avec tous les honneurs, et le Pape Urbain VII lui accorda l'exceptionnel privilège de célébrer une messe en sa compagnie. Retourné en Nouvelle France en 1644, il fut à nouveau capturé par les Iroquois qui le décapitèrent. Le deuxième homme d’église est Jacques de La Ferté, abbé de Sainte-Marie Madeleine de Châteaudun, ville qui borde la Beauce. En 1636, il reçoit en concession du Roi Louis XIII un terrain de 50 km sur 100 (deux lieues le long du fleuve Saint-Laurent sur vingt lieues de profondeur) sur le Cap des Trois-Rivières ainsi qu’une Seigneurerie. Le 20 mars 1651, l’abbé concède aux Jésuites ce terrain et cette Seigneurerie, lesquels nomment l’endroit Cap-de-la-Madeleine pour marquer leur reconnaissance de ce don. Pour peupler ses terres, Jacques de la Ferté recrute des hommes et femmes dans la région de Châteaudun. Des familles entières du Perche, région voisine de la Beauce, prendront le bateau à Dieppe pour les terres de la Nouvelle-France. C’est d’aileurs un de ces paysans percherons, Pierre
Boucher , devenu gouverneur au Québec, qui recruta Sébastien Provencher pour qu’il vienne cultiver des terres de Cap-de-la-Madeleine. Il n’est pas impossible que Sébastien Provencher, impressionné dès son plus jeune âge par les aventures terribles de la Nouvelle-France qu’on se racontait aux veillées soit parti dans le sillage de l’une de ses familles. Il connaissait l’existence de ces nouvelles terres et savait comment s’y rendre. Marguerite Marchon n’avait plus qu’à le rejoindre. Pour commémorer le 333e anniversaire du mariage de Sébastien Provencher et Marguerite Marchon, une
pointe a été baptisée Sébastien Provencher sur le Saint-Laurent en 1996. |